Archive pour la catégorie ‘Les Entretiens de Solférino’

ENTRETIENS DE SOLFÉRINO AVEC HERVÉ KEMPF

Mercredi 3 mars 2010

Entretiens de Solférino du mercredi 27 janvier 2010
Invité Hervé KEMPF, autour de son ouvrage
«  Pour sauver la planète, sortez du capitalisme »

Emmanuel MAUREL

Je vous remercie d’être fidèles aux « Entretiens de Solférino ». Vous en connaissez tous le principe. Certains sont déjà venus, pour les autres, je leur souhaite la bienvenue. Le souhait du secteur formation du parti, c’est d’avoir très régulièrement, toutes les six semaines ou deux mois, tout dépend de nos échéances électorales, un entretien autour d’un livre et de son auteur.

Aujourd’hui, nous avons l’honneur de recevoir Hervé KEMPF, auteur du livre entre autres : « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme ». C’est un titre qui nous avait beaucoup interpellé à la direction nationale du parti.
Le Parti socialiste n’a pas attendu bien évidemment la conférence de Copenhague pour s’intéresser aux problèmes environnementaux et écologiques. Cela fait longtemps que, sous l’égide de Laurence Rossignol, la SN à l’environnement, nous nous intéressons à ces questions. Le débat dans le parti devient de plus en plus précis et intéressant. Il nous a donc semblé essentiel que nous puissions avoir les éclairages d’un auteur spécialiste de ces questions. Hervé Kempf est journaliste au Monde sur ces questions écologiques. Il a créé un site « www.reporterre.net » et parmi les livres qu’il a écrits, je m’en souviens d’un, très tonique: « Comment les riches détruisent la planète ».
Son dernier ouvrage est très intéressant pour les militants socialistes, car l’auteur met en évidence l’impossibilité de penser la sauvegarde de la planète, sans s’interroger sur la nature du système économique dans lequel nous vivons. Je parle bien sûr du système capitaliste et des valeurs dont il est porteur et qui mettent en péril la question environnementale et la sauvegarde de la planète.
Je trouve très intéressant notamment le chapitre IV, avec un titre un peu provocateur : « La coopération ou le despotisme ».  Il est montré, à la fois, l’économie de marché avec les maux qu’elle engendre et ce qui est passionnant,   c’est qu’en dépit des menaces, l’avenir reste ouvert et l’optimisme justifié. Il y a donc des alternatives possibles pour sortir de cette impasse dans laquelle nous sommes apparemment plongés.

Ce livre est intellectuellement très stimulant et politiquement très important, pour penser le monde de demain, même si l’on peut avoir des points de désaccord. C’est l’objet de ce débat de ce soir.
Ce débat tombe bien puisque nous sommes dans une phase de préparation d’une convention sur le nouveau modèle économique, social et environnemental pour la France de demain, dans une période où l’on commence à poser des jalons dans ce que sera notre programme pour 2012.

Je remercie notre invité d’être avec nous ce soir et je lui laisse la parole.

Hervé KEMPF

Je vous remercie de votre accueil. Vous avez bien lu le livre et vous l’avez compris. C’est l’avantage de ces conférences, plus on en fait, plus on lit le livre, plus on comprend et bientôt je n’aurais plus besoin de faire de conférence. Merci également d’avoir insisté sur le chapitre IV. Effectivement, tout le travail et tout le projet de ce livre étaient d’arriver, après l’analyse critique du système dans lequel nous sommes plongés, à une logique beaucoup plus positive et plus optimiste.

Je suis très content d’être au Parti socialiste parce que quelque part la société française, le peuple français, comptent sur vous. Parfois, on avait l’impression que  le PS errait, peut-être erre-t-il encore, mais j’espère que ce sera bientôt un passé révolu.
Pour nous encourager, nous avons Jean Cornil et Yvan Mayeur, vos collègues socialistes belges qui ont écrit un texte en août dernier où ils affirment que la sortie du capitalisme est un objectif primordial. C’est sous ces auspices rassurants que je me présente à vous.

Le point de départ est de se dire que le capitalisme n’est pas un concept voguant dans l’éther des idées et des théories. Mais de considérer que le capitalisme dans lequel nous vivons a connu dans les 30 dernières années une mutation très importante, qui le différencie profondément de ce qu’il était dans la période précédente qu’on a appelé les Trente Glorieuses. C’était un système très différent de celui dans lequel nous sommes entrés à partir de 1981.

Je vais commencer par un point de permanence paradoxal. A partir de 1970, nous dit le discours dominant, nous avons toujours été en crise, parce que la croissance aurait été très faible.

En fait, à la fin des années 70, on est entré dans un régime de croissance de la productivité, certes plus faible qu’auparavant, mais qui restait importante. L’augmentation de la productivité pour la France a été en moyenne de 1,8 % par an depuis les années 80. Ce chiffre est apparemment faible, mais représente une augmentation de la richesse produite par chaque travailleur. Ce taux de 1,8 % par an fait qu’en 2006, chaque personne en France produisait 65 % de richesses de plus qu’en 1980. C’est une augmentation de richesse matérielle de plus de moitié.

Après la poursuite de l’augmentation de la productivité qui caractérise les 30 dernières années, la spéculation financière a pris des proportions énormes. Je ne rentrerai pas dans le détail, vous êtes bien informés, avec l’affaissement du système financier depuis 2007. Je rappellerais simplement le chiffre de l’économie financière par rapport à l’économie  réelle de l’échange des biens et des services. En 2002, le PIB mondial était de 32 000 milliards de dollars, le volume des transactions monétaires était estimé à un million de milliards de dollars, c’est-à-dire 30 fois plus. Il y a eu un décrochage de la bulle financière, de l’économie financière, par rapport à l’économie de la production.

Les raisons de ce décrochage, rapidement, sont les changes flottants à partir du début des années 70, les chocs pétroliers de 1973 et 1979, la dérégulation systématique et délibérée des marchés financiers à partir de 1981 par Margaret Thatcher en Angleterre et Ronald Reagan aux Etats-Unis.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette expansion de l’économie financière a été un moyen très efficace de changer, de manière presque invisible, la répartition de la richesse collective.

Et l’augmentation des inégalités est un trait essentiel de la mutation du capitalisme dans les trois dernières décennies. L’augmentation de la productivité a conduit à la poursuite d’un enrichissement matériel de nos sociétés. Une grande partie de cette augmentation de la richesse a été captée par une partie de la population. Cela ne veut pas dire que durant la période antérieure, tout était très bien et le monde était juste, mais du moins la répartition de la richesse collective, était assez stable. Mais à partir de 1980, on observe un décrochage très clair dans les inégalités.

Le phénomène est bien décrit par les économistes depuis quelques années. Une étude parmi beaucoup d’autre est très illustrative, elle a été réalisée par deux économistes, Carola Frydman et Raven Saks, qui ont comparé l’évolution dans le temps d’un marqueur intéressant des inégalités : il ont étudié comment a évolué le rapport entre ce que gagnaient les 3 plus hauts dirigeants des 100 plus importantes sociétés américaines et le revenu moyen des travailleurs aux USA. Ils constatent que le rapport est resté assez stable pendant les années 1950, 1960 et 1970 – les dirigeants gagnaient environ quarante fois plus que les travailleurs – avant de commencer à grimper à partir de 1980 pour atteindre plus de trois cent en 2000 !

Ce phénomène est plus prononcé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, que dans d’autres pays européens (la France et l’Allemagne ont suivi avec retard), mais le même phénomène se constate dans tous les pays occidentaux.

Donc, le caractère essentiel de l’évolution récente du capitalisme est l’augmentation des inégalités.

Dans la mutation du capitalisme des trente dernières années, un autre phénomène essentiel est ce qu’on a appelé la mondialisation.

Je ne vais pas vous parler de la mondialisation industrielle et des délocalisations – vous en savez autant que moi. Je voudrais insister sur un aspect  qu’on pourrait qualifier de mondialisation culturelle, c’est-à-dire le fait que, de plus en plus, malgré la différence très grande des niveaux de vie et des valeurs culturelles des systèmes de référence, nous savons comment nous vivons, les uns et les autres, de tous les points du globe.

Un aspect important en est que cela généralise le mécanisme de la rivalité ostentatoire à l’échelle mondiale.

Un mot sur ce mécanisme de la rivalité ostentatoire qui est une notion théorisée par l’économiste américain de la fin du 19ème siècle Thorstein Veblen, dont je vais résumer l’idée parce qu’elle me paraît très bien fonctionner pour l’époque actuelle. Veblen a observé que, dans un très grand nombre de sociétés, les individus étaient les uns avec les autres dans une situation de rivalité symbolique ostentatoire, de compétition de prestige : les individus cherchent à manifester par tel ou tel signe extérieur qu’ils ont une petite supériorité symbolique par rapport à leurs relations.

Veblen soulignait également que, dans les sociétés hiérarchisées, les individus d’un groupe social trouvent le modèle qui va leur permettre de montrer une petite supériorité par rapport à leur entourage, dans la façon de vivre des membres de la classe située au-dessus d’eux. Ceux-ci, de même, trouvent le modèle de ce qui est chic dans la façon de vivre de ceux qui sont au-dessus, qui eux-mêmes imitent ceux au-dessus, et ainsi de suite de bas en haut. Au sommet, ceux que Veblen nomme la classe de loisir, la classe dirigeante, l’oligarchie, définit le modèle général culturel de ce qui est chic, de ce qui donne du prestige. Cette oligarchie est d’ailleurs elle-même en proie à la rivalité ostentatoire. Cela ne veut pas dire, bien sûr, que tout le monde peut vivre comme elle, mais que tout le monde est attiré par son mode de vie et cherche à l’imiter, chacun à la mesure de ses moyens.

Qu’est-ce que cela signifie en situation de mondialisation culturelle ?

La société est devenue extrêmement riche en termes matériel du fait de l’augmentation très importante de la productivité. Nous vivons dans une civilisation qui connaît la plus forte productivité, la plus grande richesse collective jamais connue dans l’histoire. Eh bien, le modèle de surconsommation matérielle exhibé par l’oligarchie se projette sur l’ensemble des sociétés et les pousse à rechercher une consommation toujours croissante.

Pourquoi la généralisation à l’échelle du globe du modèle culturel de surconsommation est-elle problématique ?

Parce que nous vivons maintenant une crise écologique d’ampleur historique.

Durant les XIXe et XXe siècles, la dégradation environnementale était relativement supportable. Mais elle a pris un caractère en quelque sorte cumulatif et nous arrivons, après  deux cents ans, à un moment où les scientifiques nous disent de manière de plus en plus claire que nous entrons dans ce qu’on pourrait appeler une zone rouge. Si l’on franchit un certain seuil de dégradation écologique, il ne serait plus possible, quelles que soient les actions que nous entreprendrions, de revenir à un état d’équilibre antérieur. Par exemple, pour les climatologues, le réchauffement possible est à 2 degrés centigrade par rapport à l’ère industrielle. Nous entrons vraiment dans une zone rouge de grand danger écologique et c’est une situation historiquement tout à fait nouvelle.

Le capitalisme de la période actuelle a ici une responsabilité éminente. En effet, on ne peut pas reprocher à nos aïeux des années 1880 ou même à nos arrière grands-parents des années 1930 ou même à nos grands-parents ou parents des années 50, d’avoir pris négligé la question environnementale, tout simplement parce qu’ils n’avaient pas les informations leur permettant de mesurer l’importance de cette crise.
En revanche, depuis les années 70, les informations écologiques n’ont cessé de s’accumuler, les études scientifiques, les recherches, les alertes de toute nature, allant toujours dans le même sens et montrant la gravité de cette situation. Or, très clairement, le capitalisme des trente dernières années n’en a pas réellement tenu compte.

Jusqu’à présent, je vous ai présenté très rapidement bien sûr une analyse en terme factuel que ce soit sur le plan économique ou environnemental.

Il est aussi utile, je crois, de mener l’analyse en terme de « psychologie collective » ou de « culture collective » et de considérer que la victoire la plus importante de ce capitalisme a été d’achever la philosophie individualiste, de nous convaincre que nous sommes essentiellement des individus ne dépendant que de nous-mêmes. Si nous réussissons en tant qu’individu, ce serait dû à nos talents considérables et si nous sommes dans une situation difficile, ce serait dû à nos immenses défauts.

Bien sûr, ce n’est pas le capitalisme des trente dernières années qui a inventé l’individualisme. C’est un élément essentiel de la culture occidentale. Au moment de la Renaissance, l’affirmation de la personne humaine comme individu a été un facteur d’émancipation par rapport à un certain nombre de pesanteurs, d’assujettissements qui pesaient sur les sociétés. L’expression de la personne humaine a été le fondement de l’humanisme. Mais l’individualisme restait toujours tempéré par des solidarités traditionnelles telles que celles des communautés, des corporations, des églises, puis au XIXe siècle et au début du XXe siècle, celle du mouvement ouvrier. De plus, concrètement, un Etat « social » a mis en place des structures de solidarité, surtout en Europe, comme la Sécurité sociale, le droit du travail, les retraites…

Eh bien, le triomphe du capitalisme de la dernière période a été d’imposer l’individu comme figure dominante de la société, à la fois à travers un travail idéologique et théorique très efficace et grâce aux médias et à la publicité, qui ont pris une importance démesurée dans la formation de la conscience collective. Tout ceci a conduit à marginaliser les logiques collectives.

À côté de cette exacerbation de l’individualisme dans la culture collective qu’a réussi à construire le capitalisme dans sa dernière période, il y a la marchandisation ou plus exactement son extension à des domaines beaucoup plus larges que ce que l’on entendait auparavant par ce terme.

-    Marchandisation des humains avec le commerce des femmes par la pornographie et la prostitution qui atteint une ampleur jamais vue ;
-    Marchandisation du travail des enfants et des « esclaves » – le Bureau international du travail parle à cet égard de travail forcé ;
-    Marchandisation du corps humain avec les organes fournis par des personnes des pays pauvres vers les clients de pays riches ;
-    Marchandisation des bébés à naître par la  gestation pour autrui ;
-    Marchandisation des biens communs tel que l’espace des fréquences radioélectriques, l’atmosphère avec le marché du carbone, l’eau, la biodiversité – un enjeu essentiel des OGM est l’appropriation du vivant par les brevets sur les semences ;
-    Marchandisation plus qu’amorcée de la sécurité publique : la fonction de sécurité relevant de l’État est de plus en plus assurée par des firmes privées. En France, mais aussi dans de nombreux pays occidentaux on compte presque autant de vigiles d’entreprises privées que de police d’État.   Et l’on voit aux Etats-Unis se développer – et un peu en Europe – la privatisation des prisons voire d’une partie de l’armée

À ce point de cet exposé, revenons à la définition du capitalisme. Sans renier une définition du capitalisme considéré comme système économique d’accumulation du capital par des agents privés qui augmentent leurs profits par l’exploitation de la plus value, je pense qu’on peut raisonner avec une approche plus philosophique ou plus anthropologique. Elle est plus pertinente pour comprendre l’époque dans laquelle nous vivons.

Je m’inspire d’un autre économiste, Karl Polanyi, De ce point de vue, le capitalisme est une conception anthropologique qui considère que les personnes humaines sont essentiellement des individus motivés par la recherche de leur intérêt personnel, en compétition les uns avec les autres. De surcroit, dans cette conception la société n’existe pas – Margaret Thatcher le disait mot pour mot : « Pour moi, la société n’existe pas ». Parce que pour les capitalistes, les relations entre individus isolés les uns les autres sont assurées le plus efficacement par le lien commercial. Le marché a vocation à régler toutes les relations humaines.

Pourquoi sortir du capitalisme, comme nous y invitent ces socialistes belges ?

Parce que ce n’est pas, à l’évidence, ce système qui dans sa dernière période a laissé s’aggraver cette crise écologique à un point dramatique, qui va pouvoir y répondre. Ce n’est pas ce système qui a laissé la crise sociale réapparaître en développant tant d’inégalités qui peut répondre à ces questions, sauf à changer tellement dans ses principes et dans ses modes de régulation qui ne s’appellerait plus capitalisme.

Comment et par quelle voie en sortir ?

En aucun cas, je vais prétendre apporter des solutions, parce que je pense fondamentalement que c’est la société, dans sa créativité, dans son inventivité et pourquoi pas les partis politiques qui doivent trouver les moyens de le faire.

J’indiquerais cependant quelques pistes :

1°- Bien se reposer cette question du bain culturel, de la psychologie collective, de la culture commune  qui nous imprègne tout. Et se dire qu ‘il est essentiel, vital, crucial, de retrouver , une culture collective de la solidarité,du bien commun, de l’intérêt général. La bataille première se mène sur ce plan-là.

2° – Se dire qu’on n’a pas à inventer un autre monde, il  ne s’agit pas de réaliser une espèce d’utopie. Il y a une myriade d’expériences concrètes d’esprit non capitaliste qui se réalisent dans tous les coins de France et de bien d’autres pays.
Quelques expériences en vrac et de manière non exhaustive : la culture biologique, les coopératives de production, les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), les logiciels libres, les collocations, l’épargne solidaire, les monnaies alternatives, les éco-quartiers,   les démarches citoyennes et syndicales, les engagements  politiques, les luttes pour les libertés publiques…
Mais bien souvent, ces expériences se vivent comme alternatives, comme niches, face à un système qu’on ressent comme immensément puissant et qu’il est impossible de changer sérieusement. Il faut que ces myriades d’expériences se vivent et se constituent en réseaux ayant vocation à devenir la masse critique de la société, un peu de la même manière dont des atomes se lient entre eux pour former des molécules.

Nous avons à lier de l’existant, de l’alternatif, nous n’avons pas tout à inventer.

3° – L’économie coopérative et les mutuelles sont tout à fait essentielles. Ce que l’on appelle l’économie sociale et solidaire représente une part importante de l’économie. Elle est estimée environ de 10 à 12 % du PIB dans les pays européens. Il y a là un enjeu à développer ce type d’économie de l’intérieur – les travailleurs trouvant qu’il y a bien de l’efficacité de travailler en commun et d’assurer de l’emploi -, à reparler de l’appropriation des moyens de production. Tout cela demande bien sûr des choix politiques – un rapport, d’il y a quelques mois, montre que la France distribue près de 75 milliards d’aides diverses aux entreprises. On pourrait réorienter une bonne partie de ces aides vers l’économie sociale et solidaire.

4° – Là encore en m’inscrivant dans les pas de Fernand Braudel ou Karl Polanyi, on peut distinguer l’économie de marché et le capitalisme, si on accepte cette définition du capitalisme comme la façon de voir la société qui veut étendre la marchandisation à l’ensemble des relations humaines.
L’économie de marché peut être efficace dans son domaine de production, d’allocations des ressources d’un certain nombre d’objets. En revanche, elle n’a pas vocation à recouvrir l’ensemble des activités humaines et sociales, et il faut la borner strictement. Soit parce qu’en raison de leur intérêt collectif pour les générations futures et pour les générations présentes, certaines activités doivent relever de la gestion collective, soit parce qu’en raison de la nécessité de respecter les travailleurs et l’environnement, il y a un certain nombre de règles à respecter.

Une économie de marché oui, mais bornée dans ses aspects environnementaux et par rapport à son domaine d’expansion ; c’est-à-dire déclarer qu’un certain nombre de domaines n’ont pas vocation à être régler par le marché. Je pense très précisément à l’environnement, à la santé, à l’éducation, à la culture, à l’agriculture et sans doute à l’énergie…

5° – Raisonner avec des indicateurs économiques autres que celui utilisé à l’heure actuelle, autre que le PIB (produit intérieur brut). Il est clair que le calcul de ce PIB doit être totalement revu.
Pourquoi ?
Parce que ce PIB ne mesure pas un aspect absolument essentiel de notre activité économique : l’impact sur l’environnement. On se trouve avec cet indicateur dans la même situation qu’un chef d’entreprise, par exemple, qui verrait son chiffre d’affaires et son bénéfice augmenter. Il en serait très heureux sauf qu’il aurait oublié de compter l’amortissement – les sommes pour renouveler le système de production. La remise en cause du PIB n’est pas seulement un débat théorique, c’est le terrain d’une bataille politique concrète.

6° – Une piste essentielle est de réduire les inégalités de manière drastique par des outils comme le revenu maximal admissible – à propos, j’étais très heureux de lire qu’un projet de loi socialiste sur le salaire maximal admissible, a été présenté.

Quelle est la raison écologique pour laquelle il faut réduire les inégalités ?

Si l’on veut prévenir l’aggravation de la crise écologique, c’est assez simple. Il faut limiter notre impact sur la biosphère.
Limiter notre impact sur la biosphère, cela signifie limiter nos prélèvements d’eau, de pétrole, de bois, d’uranium, etc., et limiter nos rejets de déchets toxiques, de gaz à effet de serre, d’eau polluée, etc. Et limiter nos prélèvement et nos rejets, cela signifie réduire notre consommation matérielle et notre consommation d’énergie.
Mais ce ne sont pas les 3 ou 4 milliards de personnes sur terre  qui vivent avec moins de 3 à 5 dollars par jour à qui l’on va demander de réduire consommation matérielle et consommation d’énergie. Ce ne sont pas non plus, dans nos sociétés occidentales, à ceux qui vivent dans la pauvreté ou la précarité que l’on va demander de réduire leur consommation.
C’est au milliard et demi de ceux qui vivent dans les pays riches et dans les classes supérieures des pays émergents – c’est-à-dire à l’ensemble des classes moyennes et supérieures de nos pays.

Pourquoi cet enjeu de combattre les inégalités est essentiel ?

Mais on ne peut pas imaginer d’aller vers un changement aussi fort si on avait le sentiment qu’une petite partie de la population continuait à se goberger avec une richesse démesurée.
Il faut réduire drastiquement la richesse de l’oligarchie, d’abord pour changer le modèle culturel de surconsommation, qui est insoutenable. Ensuite pour que les classes moyennes aient le sentiment que la transformation des habitudes est partagée équitablement.
Et puis, une troisième raison rend la réduction des inégalités indispensable à une politique écologique : c’est qu’il faut que la société se réapproprie cette partie de richesse collective qui est volée – Eva Joly parle de « pillage » – pour la remettre au service de tous : d’abord aider les plus pauvres et ceux qui vont perdre des emplois dans la mutation de l’économie ; et puis surtout pour financer les nouvelles activités qui correspondent à de vrais besoins sociaux, qui sont créateurs d’emploi, et qui ont un impact écologique beaucoup plus faibles : car aller vers moins de consommation matérielle et énergétique ne veut pas dire avoir moins de tout, mais avoir autrement ou plus exactement vivre autrement. Donc développer ces domaines créateurs d’emploi et très utiles : agriculture, santé, éducation, culture, justice, .. une autre politique d’énergie, une autre politique des transports…

Je ne conclus pas cet exposé, afin de laisser la place à la discussion. Je vous remercie de votre attention.

Laurence DUMONT donne la parole à la salle. Elle remercie, ainsi qu’Emmanuel MAUREL, Hervé KEMPF pour son brillant exposé.

Compte rendu des Entretiens de Michel DEBOUT

Mercredi 9 décembre 2009

Entretiens de Solférino du mercredi 18 novembre 2009
Invité Michel DEBOUT, autour de son ouvrage
«  Tout doit disparaître ; travail et souffrances psychologiques »

Emmanuel MAUREL

Je vous remercie d’être fidèles aux « Entretiens de Solférino ». Chacun connaît la formule. Il s’agit, à des intervalles réguliers, environ toutes les six semaines, d’inviter un auteur autour d’un ouvrage récent pour évoquer des sujets économiques et sociaux, des sujets de société qui nous intéressent, nous Socialistes. Sont invités, outre nos propres chercheurs et intellectuels, des personnalités non militantes et pas forcément des socialistes.

Nous reprenons ce cycle avec un peu de retard, car comme vous le savez, dans le cadre de mon secrétariat, nous avons eu à organiser l’Université d’été de La Rochelle qui nous a pris un temps fou.
Ces entretiens vont reprendre à une cadence régulière. Dès le mois prochain, le 16 décembre, nous aurons un débat, sous une formule moins traditionnelle, car nous  nous sommes associés avec le « Laboratoire des idées » pour organiser un débat sur : « Où en est le débat sur les classes sociales ? » avec des sociologues, des politologues, chercheurs qui nous ferons l’honneur de venir parler de ce sujet central à Solférino.

Michel Debout qui nous fait le plaisir d’être avec nous aujourd’hui n’est pas seulement un auteur, c’est aussi un militant politique important, un responsable politique d’envergure que j’ai rencontré tout au début de mon militantisme et nous avons eu la chance de militer auprès de Jean Poperen. Michel est aussi, Médecin, Professeur de médecine légale et de droit de la santé, Président de l’Union nationale pour  la prévention du suicide et psychiatre. Il est reconnu dans les cercles scientifiques, mais aussi dans le grand public et c’est pour nous une chance de l’avoir parmi nous ce soir.
L’ouvrage de Michel dont il va parler longuement est un peu original sur la forme, puisque cela n’est pas un essai, au sens strict, c’est un document à la fois pédagogique, dont la première partie utilise la bande dessinée qui retrace, pour simplifier, l’impact psychologique sur la santé de ce que nous appelons pudiquement les plans sociaux. Un des mérites de cet ouvrage est de montrer, de façon précise, les conséquences psychologiques, sanitaires et sociologiques de ce que nous appelons la crise sociale avec son cortège d’effets : décentralisation, restructuration, démantèlement… qui déshumanisent  la réalité sociale. L ‘avantage de cet ouvrage est de remettre de l’humain derrière les mots, derrière un système capitalisme qui aujourd’hui a complètement perdu les pédales. Il n’y a qu’à voir les différents éléments d’actualité sur le suicide de salariés sur leur lieu de travail ces derniers temps.

La deuxième partie est plus pédagogique et permet de comprendre de quoi l’on parle, les recours pour les salariés et les préconisations auxquelles on peut faire appel.

Je laisse la parole à Michel DEBOUT et nous garderons un temps pour les questions/réponses.

Michel DEBOUT

Merci de tes propos élogieux Emmanuel qui m’ont rappelé, à moi aussi, une période où j’étais jeune socialiste. Je vous remercie de votre présence dans cette maison pour débattre de ce sujet qui me tient à coeur à un double titre, comme  psychiatre et militant socialiste, responsable du CESC que j’anime avec René TEULADE qui me fait l’amitié d’être là ce soir avec des amis ainsi que les militants présents.
Avant de présenter la bande dessinée avec le complément explicatif, je vais parler du cœur du propos c’est-à-dire de « la souffrance psychologique au travail ». Effectivement, on en parle beaucoup, les médias en parlent aussi mais n’éclairent pas toujours le sujet. Il y a parfois des confusions ou des stigmatisations ou du déni.
Qu’entend-on par  « souffrance psychologique au travail » ?
Pour entrer dans le vif du sujet et afin que l’on comprenne bien, je commencerai par préciser ce que j’entends par ces mots : « souffrance et travail »,

I – LE TRAVAIL

Qu’est-ce que le travail ? Bien sûr tout le monde connaît ce mot. Pourtant, si l’on faisait un petit sondage entre nous, on s’apercevrait que l’on n’a pas tous une seule définition du travail et qu’à partir de là, si l’on veut comprendre comment le travail peut entraîner de la souffrance, il paraît nécessaire d’en avoir une approche cohérente en expliquant ce que représente ce mot…
Ce que je considère comme le travail, c’est d’abord faire des efforts. Il n’y a pas, de mon point de vue, de travail sans effort. Et ces efforts sont physiques, intellectuels, mentaux et, comme au cœur de mon propos, psychologiques.

Il y a deux siècles, on disait que le travailleur vendait sa force de travail. C’est bien la preuve de la relation entre l’effort et le travail.

En plus de l’effort, c’est accepter des contraintes dans le travail. On ne travaille pas si l’on n’accepte pas des contraintes.
Contraintes de temps, soit tout simplement le temps de travail ou plus précisément le temps travaillé. Ce qui est au cœur des luttes des salariés, depuis un siècle, c’est justement de réduire le temps de travail dans la journée, dans la semaine et dans la vie. Donc, si ce n’était pas une contrainte, pourquoi vouloir réduire ce temps ? Cependant, les contraintes de temps ne pèsent pas de la même façon sur tous les salariés.
Il y a des temps de travail que l’on peut organiser pour certains et pour d’autres qui n’ont aucune liberté pour le faire. Et parfois, on exige de ces derniers qu’ils reviennent pour terminer un tâche hors ce temps et peu importe s’ils ont prévu autre chose dans leur vie personnelle.
La contrainte n’est pas la même selon qu’on a la liberté de son temps et selon qu’on ne peut pas choisir son temps.

Aux contraintes du temps sur le lieu de travail, il faut y ajouter les contraintes de conditions de déplacements qui, pour certains se chiffrent par heures qui correspondent à une fatigue supplémentaire.
Mais ces différentes contraintes forment un tout pour le salarié.

Ensuite, il y a la contrainte d’espace, avec les problèmes sonores et la mauvaise luminosité… qui risquent d’avoir des effets sur la santé de la personne. Il s’agit donc d’obtenir la qualité de l’espace.

Dernière contrainte, celle à laquelle on ne pense pas forcément : la contrainte de la relation. On n’est jamais seul pour travailler et lorsqu’on travaille, on échange avec d’autres. On a besoin des autres : des collègues, des supérieurs hiérarchiques, de la direction de l’entreprise, mais aussi des clients, des usagers, tout l’environnement relationnel du travail et, comme dit le chanteur : « on ne choisit pas ses parents, mais on ne choisit pas non plus ses collègues ». Et parfois, ces contraintes-là peuvent poser des difficultés. Et l’on verra quels types de difficultés lorsque j’en arriverai à la souffrance.

Efforts et contraintes, oui mais pas n’importe quel effort et n’importe quelle contrainte évidemment. Si l’on fait ces efforts et si l’on accepte des contraintes, c’est parce que l’on en attend des contreparties. On ne le fait pas pour rien. Les contreparties sont essentielles, surtout lorsqu’on est au Parti socialiste.
La première contrepartie qui est au cœur du travail, c’est la reconnaissance, qui demande que la direction admette de convenir qu’il y a des efforts fournis et des contraintes acceptées.

Comment reconnaître le travail fait par le salarié ? On le reconnaît par l’attribution du juste salaire. C’est pourquoi les luttes salariales sont au cœur des luttes sociales. À travers le salaire, et plus précisément le revenu du travail (salaire + cotisations), c’est la reconnaissance qui est exprimée.
Reconnaissance des personnes au travail  dans ce qu’elles font, mais surtout dans ce qu’elles sont. La plupart du temps, la souffrance commence quand la personne n’est pas reconnue comme une personne au travail.
Malheureusement, lorsqu’il y a un plan social ou une restructuration, qu’entendez-vous des personnes qui souffrent au travail ? Que vous dit-on souvent ?  – « On est traité comme des chiens ». Si ces salariés le disent c’est bien parce qu’ils ont vécu quelque chose de l’ordre de la non reconnaissance.

Le travailleur a le droit à la protection de sa santé. Ce qui veut dire qu’on ne peut pas demander et encore moins imposer n’importe quel effort au salarié, si cet effort doit altérer sa santé. Quand on a cette approche-là, on comprend que le salarié est en droit, je dis bien en droit de réclamer ce qui lui est dû et non attendre le bon vouloir de l’employeur. Le fait que les contraintes impliquent une contrepartie  – le droit à la santé physique, mentale et sociale sont liés. Le droit à la protection de sa santé va faire l’articulation avec ce que je nomme la souffrance.

II – LA SOUFFRANCE

Qu’est ce que la santé ? Chacun connaît sa définition, mais je reprendrais celle de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en 1946 : « Etat total de bien-être physique, mental et social ». C’est cela la santé. Lorsqu’on doit protéger la santé d’un salarié, on se doit de protéger son bien-être physique, mental et social.

J’entends parfois un débat caricatural entre santé et bien-être. Soyons clair. C’est la même chose. Dans votre emploi effectivement vous pouvez revendiquer votre bien-être avec votre environnement, vos collègues et même votre hiérarchie. En effet, la direction et les supérieurs hiérarchiques n’ont pas le droit de maltraiter leurs employés.
C’est finalement assez simple de comprendre la souffrance psychique au travail. Chaque fois que le bien-être psychologique ou relationnel est remis en cause par de mauvaises conditions de travail, il y a souffrance psychique.

Comment se traduit cette « souffrance psychique au travail » ?

Le point de départ, c’est la non reconnaissance de la personne dans ce qu’elle fait et dans ce qu’elle est. Cette reconnaissance est un signe d’humanité. Si celle-ci est absente, la personne a le sentiment d’inutilité et souffre psychiquement.

Exemple : Lorsqu’on arrive le matin, qu’on ne vous dit même pas bonjour, qu’on ne vous adresse pas la parole de la journée, qu’on vous placardise ou bien que vous n’avez pas le temps de vous poser pour échanger, on peut dire que les conditions de travail sont dégradantes. Certes, les conditions de travail sont moins pénibles bien souvent sur le plan physique. En 2009 : ce n’est pas du Zola physique, mais du Zola psychologique.
Les façons d’isoler les personnes ou de les mettre en situation de compétition les unes avec les autres ou d’utiliser la pression, créent de grandes tensions entre les personnes. Et les cadres n’y échappent pas.

Pourquoi ne pas complimenter ou bien savoir dire merci lorsque le travail est bien fait, alors qu’on n’hésite pas à critiquer le travail mal fait ? C’est encore un signe de cette non reconnaissance qui se traduit par différents degrés de mal-être. On est reconnu, lorsqu’on se sent utile socialement, un statut social et économique.
Il peut exister une angoisse à venir travailler causée par un sentiment d’être maltraité, de ne pas avoir sa place, de ne plus contribuer à une œuvre collective. On peut éprouver de la panique en poussant la porte de l’entreprise et être dans l’impossibilité de se stimuler, de réagir.
Quand le degré de souffrance s’intensifie, on en arrive aux conduites addictives (comme l’alcool qui permet la stimulation mais dont on connaît l’effet de dépendance aliénante car, pour oublier, on boit davantage), à l’utilisation de psychotropes pour ne pas tomber dans le cercle vicieux de la dépression car on trouve pas d’issue (les Français en sont les champions).
Se déprimer, c’est perdre l’estime de soi. Nous avons tous besoin pour vivre de nous estimer. Il va de soi qu’il ne faut pas que cela tourne à l’obsession et n’aimer que soi, n’être que dans l’ego. Mais on a tous besoin d’avoir un minimum de confiance en soi, de croire qu’on est capable de travailler, de croire que notre parole puisse apporter quelque chose aux autres. Si l’on n’a pas ce minimum de confiance en soi, on se dévalorise et c’est  impossible d’aller vers les autres, de trouver l’énergie nécessaire à la concentration pour les activités quotidiennes et de prendre du plaisir à travailler.
Quand on perd cette confiance en soi – cette estime de soi dont la place est cruciale dans notre identité – c’est le commencement de la dépression. On ne va plus vers les autres puisqu’on pense qu’on n’a plus rien à leur dire, qu’on n’a plus rien à attendre de rien. C’est un autre signe de la dépression : l’isolement qui augmente à long terme l’intensité de la dépression. Les personnes se referment sur elles-mêmes et quand cette détresse morale s’aggrave, les pensées suicidaires surgissent.

Il est terrible de croire si peu en la vie, en sa vie et finalement que la mort est préférable à la vie, notre première richesse à nous tous.
Pourquoi le suicide ? Parce que les personnes n’ont pas d’autre choix que de passer à l’acte, elles n’ont plus d’espoir, elles sont prisonnières de leur détresse, de leur incapacité de réaction. Et surtout parce qu’il manque souvent la solidarité. Nous vivons dans une société où l’on ne pense plus que l’éthique et la solidarité seront plus fortes que le système libéral souvent inhumain de l’entreprise.
Ces personnes très solitaires pensent que ce système les broie et pour elles, le suicide est une échappatoire. C’est pourquoi le suicide se donne à voir sur les lieux du travail et non pas à l’extérieur et cela constitue une protestation, un indice suffisant pour dire que le travail est  bien en cause.

Exemple :  Par rapport à ce qui s’est dit pour France Télécom. On a débattu des chiffres dans les médias, mais quelle horreur de débattre de chiffres ! Même s’il y en avait eu qu’un, c’est un de trop. La tenue de cette comptabilité est morbide. Ce qui est important, ce n’est pas le nombre de suicides, mais l’impact qu’ils ont eu dans l’entreprise. Si tout allait bien, le premier suicide n’aurait pas eu cette répercussion, laissant des lettres accusatrices dont la tonalité est sans équivoque.. Malheureusement cette situation se produit ailleurs dans le privé comme dans le public.

Reconnaître la place de l’humain dans la société et dans l’entreprise doit rester au cœur des débats de la gauche. On doit continuer de s’inscrire dans cette tradition humanisme et reconnaître que la place de l’homme passe avant toute chose.
Dans le cadre que je viens de tracer, y a-t-il des moments où cette souffrance psychologique au travail risque de s’exprimer davantage et de se développer ?
Oui. Toutes les restructurations exposent les salariés à la souffrance puisque l’on sait que ces restructurations s’apparentent aux plans sociaux. Même si l’on parle de réorganisation du travail, c’est surtout des salariés que l’on renvoie. Dans les plans sociaux, il faut s’occuper à la fois de ceux qui quittent l’entreprise mais aussi de ceux qui y restent.
Les plans sociaux commencent toujours par des rumeurs suivies d’annonces qui entraînent de la déstabilisation.

Exemples : Quand on a entendu, à l’occasion de la crise financière et économique, les annonces de suppression de milliers d’emplois dans des entreprises internationales et que l’on travaille dans ces mêmes entreprises, on peut imaginer l’angoisse que cette rumeur peut engendrer et la déstabilisation qui peut suivre.

Quand on entend le Président de la République annoncer qu’il y a 300 000 fonctionnaires de trop, quelle insulte pour tous les fonctionnaires ! Ils doivent se dire : « Si je suis de trop ? Quelle est la valeur de mon travail ? ». Parfois, on entend : « Les Français n’aiment pas le changement ». Mais, si changer c’est leur expliquer qu’ils sont de trop, comment être pour le changement ? Au contraire, si changer, c’est leur expliquer qu’aujourd’hui : on ne produit pas, on ne consomme pas, on ne vit pas comme avant, alors oui, bien sûr, je ne connais pas un Français qui ne voudrait pas changer.
Ce que les Français ne veulent pas, c’est, qu’à l’avance, on leur annonce que changer veut dire moins d’emplois, moins de salariés, moins de coût salarial pour les entreprises et les services.

Je pense qu’il faut défendre politiquement l’idée qu’un emploi de trop ou de pas assez  ne peut être que l’aboutissement d’un processus de changement et non le point de départ de ce processus.
Privé ou public le discours est le même. On est toujours de trop dans une crise. Et l’annonce crée des tensions, de l’incertitude, de l’angoisse chez les salariés. Lorsqu’on rentre concrètement dans le plan social,  il ne s’agit plus de rumeur mais d’annonce et le couperet tombe.

À partir de ce moment, le chacun pour soi reprend ses droits. La question : « Qui va partir ? » se pose et l’on remarque que chacun a des excuses justifiées et identiques liées aux contraintes de la vie (femme, enfants, maison à rembourser…). Le conflit s’installe suivi de la culpabilité. Ce moment-là est très difficile à assumer avec ses tensions collectives.
Les syndicalistes ont remarqué cette individualisation qui est très destructrice sur le plan de la santé.
Dans ces instants-là, une série de troubles pathologiques peuvent apparaître parce que les personnes sont en grande tension interne.

Pour les personnes qui partent, il y a le moment de la lutte lorsqu’on refuse d’accepter ces conditions et ce traitement inhumain. Mais souvent la lutte n’est pas victorieuse et, en échange, ils ont obtenu un chèque. Mais l’essentiel n’est pas le chèque, même s’il est important.  Le chèque s’épuise très vite et après on tombe dans la spirale de l’endettement et du surendettement. À ce propos, il ne faut pas parler de surendettement comme un problème simplement économique mais bien comme un problème humain qui déstructure. Les personnes surendettées sont en grande souffrance et souvent dépriment. Exemple : le chef de famille qui ne retrouve plus d’emploi et qui n’a plus d’argent se sent toujours mal vis-à-vis des siens.

Dans la solidarité de la lutte, le salarié retrouve une posture, il s’affirme comme être humain face à un processus qui déshumanise, qui rejette les femmes et les hommes pour avoir un moindre coût salarial.
Ce moment de lutte est essentiel pour la restructuration des personnes, la reprise de confiance dans la solidarité, c’est-à-dire dans le collectif. Le retour au collectif est primordial même si la lutte n’aboutit pas à la préservation de tous les emplois. Elle aura été un moment important pour tous ceux qui l’auront vécu.
Et il est fondamental que nous, militants socialistes, soyons aux côtés de ceux qui luttent, ne serait-ce que pour leur permettre cette reconnaissance.

À côté de ceux qui quittent l’entreprise, il y a ceux qui y restent. Il ne faut pas croire qu’ils aillent très bien. Certains souffrent de ne plus avoir leurs collègues près d’eux, mais aussi ils savent que ce plan social, peut-être, c’est un euphémisme n’est pas le dernier. Ils travaillent dans l’incertitude ils feront peut-être parti de la prochaine charrette. De plus, avec la restructuration, ils souffrent d’être obligés de travailler plus avec moins de collègues,de devoir subir le harcèlement moral les obligeant à partir pour s’en protéger.

Quand il y a un plan social en préparation, il est indispensable qu’il y ait un accompagnement psychologique avant et après.

Que deviennent ceux qui sont partis ? Tout dépend de l’âge. Il y a ceux qui retrouvent du travail au prix de se délocaliser. C’est souvent difficile pour la famille. On parle de délocaliser des entreprises, mais rarement de délocalisation humaine. Pourtant c’est souvent le cas.
Les autres se retrouvent au chômage et ils ont le sentiment que le temps n’a plus de sens. Ils ne croient plus que leur journée puisse servir à quelque chose et ils se laissent aller. Ils n’ont plus d’énergie psychique pour se battre. Ils sont très seuls. Ils prennent des risques d’addiction, de maladies psychologiques graves et même le risque du suicide à cause de cette violence qu’ils ont subie. Et les médias, qui étaient présents au moment de leur lutte pour faire de l’image au moment des licenciements de masse, ne sont plus intéressés. Seuls, ils n’intéressent plus personne.

Je reviens sur la question de la violence. Lorsqu’il y a violences, c’est un signe de non reconnaissance de l’autre dans ce qu’il dit et  dans ce qu’il est. La violence faite à quelqu’un n’est pas seulement physique. Les mots peuvent être aussi destructeurs.

Lorsqu’on mute quelqu’un par principe  et non par nécessité qui peut se comprendre, cela est vécu comme une violence puisque la personne n’a plus le choix, n’a plus de parole. La mobilité forcée est une violence. Je pense que dans les luttes des salariés, il ne faut pas qu’il y ait de violence, mais il faut préférer le conflit et l’affirmation que l’on est humain et se comporter comme tel. Il faut bien différencier la violence du conflit.

Dans le conflit, on peut ne pas être d’accord avec l’autre, mais on vous reconnaît le droit à une parole, même si on est en désaccord. Un conflit n’est jamais violent, il peut être dur, mais il respecte l’autre dans sa parole.
Quand on est dans la violence, on ne respecte plus l’autre, on ne lui reconnaît plus le droit à une parole pour s’expliquer, défendre son point de vue. Exemples : une mutation obligatoire, un dénigrement répétitif du travail d’un salarié, une multiplication de brimades, un refus de donner du travail à un salarié, une mise au placard… C’est ce qu’on appelle le « harcèlement moral au travail » qui est bien une violence. Cette forme d’atteintes à la personne infligeant des souffrances au travail, je n’ai pas le temps de développer car ce sujet mériterait, à lui seul, un long développement.
Je vous renvoie donc au rapport du CESC sur le harcèlement moral au travail dont je suis l’auteur et qui a donné lieu à la Loi de 2001, pour la première fois dans le code du travail où l’on a utilisé l’expression : « santé mentale au travail ». C’était au temps du gouvernement Jospin.

L’accompagnement préventif et le suivi de la souffrance psychologique au travail

Il est nécessaire d’accompagner les salariés en souffrance et non pas les renvoyer à leur fragilité psychique. C’est commode pour la direction ou le management d’une entreprise de se contenter de ce genre de déni ou de ce prétexte de la fragilité des salariés. Bon nombre de fois, il m’est arrivé d’entendre : « S’ils ne supportent pas, c’est parce qu’ils sont fragiles », alors que cela n’a rien à voir avec la fragilité personnelle.
C’est bien parce que les salariés sont confrontés à des situations qui les plongent dans des grandes détresses qu’ils vont mal.

Travailler, c’est être respecté comme un Homme au travail.
Les Hommes, ça ne se gère pas, ça se respecte.

Il faut tous être convaincus de cela. Il faut une vision préventive de la souffrance au travail. La prévention est d’abord une conviction que l’on doit tous partager, le collectif y peut quelque chose avec l’aide de la médecine du travail.
On ne peut laisser une personne à la dérive au prétexte qu’elle est fragile, que c’est une affaire privée et que cela  ne nous regarde pas. Non. En tout cas, il faut se donner les moyens pour qu’elle trouve un lieu pour exprimer ce qu’elle ressent. Un lieu où restaurer la parole.

Dans la Loi sur le  « harcèlement moral au travail », qui est une loi pénale, il est prévu qu’il y ait un dispositif de prévention dans le cadre du CHSCT de l’entreprise. L’entreprise qui n’a pas fait cet effort pour éviter  des processus harcelants est en faute.

Mais je ne crois pas aux cellules d’aides psychologiques qui viennent de l’extérieur. Je ne crois pas non plus au numéro de téléphone donné a une personne qui va mal. Cela correspond à un rejet et la renvoie à sa solitude si une personne à un moment donné peut avoir besoin d’un psychologue. Il faut que cette demande soit intégrée dans un processus de prévention des risques d’atteintes à la santé et de la sécurité au travail, en application du code du travail.
Le dispositif de prévention doit être pensé de l’intérieur, par le collectif de l’entreprise, (CHSCT) et la médecine du travail afin que les salariés puissent se l’approprier.

En conclusion, je dirais qu’il faut prévenir ce climat de tensions, il est indispensable de restaurer, à l’intérieur de l’entreprise, le vivre ensemble, et tout autant suivre les licenciés d’un plan social avant que des drames ne se produisent.

J’ai fait une proposition en ce sens. Il faut savoir que lorsqu’on perd son emploi, on perd la médecine du travail qui va avec. On pourrait imaginer que pendant les deux années qui suivent un plan social, le collectif de l’entreprise et la médecine du travail puissent continuer de se préoccuper des personnes licenciées, d’autant plus que, pendant cette période, leur santé dépend largement de ce qu’elles ont vécu auparavant dans l’entreprise.

Cette mesure pourrait figurer dans le programme socialiste. On l’a proposé au CESC en 1993 sur  « la médecine des chômeurs » de façon à la relier à la médecine du travail, sous la responsabilité de l’employeur qui a été à l’origine du plan social. Il ne s’agit pas de baisser les bras ni d’accepter ce fait de société, mais de s’intéresser à ceux qui se retrouvent seuls, sans emploi et démunis de parole.

Emmanuel MAUREL remercie Michel DEBOUT de ce débat intéressant. Il pense que cette proposition de «  médecine du chômeur » serait la bienvenue et devrait être remise au goût du jour.

L’intervention a été suivie d’un riche débat.

Invitée : Sylviane AGACINSKI

Mercredi 6 mai 2009

Mercredi 10 Juin 2009 – de 18 h 30 à 20 h 30

Laurence DUMONT, Secrétaire Nationale à la formation & Emmanuel MAUREL, Secrétaire National aux Universités Permanentes et d’Été vous invitent à débattre avec :

Sylviane AGACINSKI, Philosophe, Professeur agrégée à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), autour de son dernier livre :

« CORPS EN MIETTES » aux Éditions Flammarion, collection “Café Voltaire”, Paris, 2009

au siège du Parti socialiste, 10, rue de Solférino 75007 PARIS, Salle : Marie -Thérèse EYQUEM

Entretiens du 8 avril de Rémi LEFEBVRE

Mardi 5 mai 2009

COMPTE RENDU DES ENTRETIENS DE SOLFÉRINO DU 8 AVRIL 2009
AVEC RÉMI LEFEBVRE : LES TRANSFORMATIONS DES PRATIQUES MILITANTES

Bonsoir à tous. Emmanuel m’a présenté, je suis universitaire, sociologue spécialiste du PS, et très heureux d’intervenir ici ce soir, parce que la sociologie ne sert pas uniquement à produire de la science, mais sert aussi, je l’espère, aux acteurs à se saisir du savoir sociologique pour mieux comprendre ce qu’ils sont et améliorer leurs pratiques. En tant que sociologue, mais aussi citoyen engagé et de gauche, j’essaie de restituer les travaux que je peux mener aux acteurs, même si ce n’est pas toujours facile, parce qu’on n’est pas toujours bien compris, parce qu’on peut aussi heurter la susceptibilité des acteurs. La vérité n’est pas toujours bonne à entendre, au PS comme ailleurs. Je dois dire aussi que je suis assez content de parler ce soir au siège du PS, parce que lorsque nous avons sorti cet ouvrage avec Frédéric Sawicki, autre spécialiste du PS, ouvrage qui est sorti fin 2006, période critique pour le PS puisque c’était le moment où les militants socialistes désignaient leur candidat à l’élection présidentielle, nous avons été un peu déçus de sa réception au sein du PS. Nous l’avons envoyé aux dirigeants socialistes, et nous avons eu très peu d’occasions de le présenter devant des socialistes, et beaucoup plus l’occasion de le présenter dans la presse ou devant des associations. Au fond, nous nous étonnions de ne pas avoir été invités, car nous avons la faiblesse de croire, avec Frédéric Sawicki, que ce bouquin, à l’heure où la rénovation est à la mode, peut aider les socialistes à réfléchir sur eux-mêmes et à tenter d’améliorer leur organisation.

En effet, cet ouvrage, La société des socialistes, comme son nom l’indique, explore ce que sont les socialistes, fait une sorte de sociologie des acteurs qui se disent socialistes, et part de l’hypothèse, que je reprendrai dans mon propos, que ce que sont les socialistes socialement a un effet sur ce qu’ils font politiquement. Pour comprendre le groupe que constitue les socialistes, il faut faire la sociologie des pratiques socialistes, et notamment des pratiques militantes. Ce qui nous intéresse, ce ne sont pas les discours idéologiques, mais ce que font les socialistes, à Solferino, dans les fédérations, dans les sections, dans les collectivités locales, ce qu’ils font et quelles pratiques ils mènent.

Ce qui me frappe, c’est qu’au PS on réfléchit sur beaucoup de choses, mais assez peu sur les pratiques militantes et l’organisation elle-même. Est peu mise en débat la question de ce qu’est le PS, ce qu’on y fait et quels sont les militants socialistes. J’en prendrai pour illustration que la dernière enquête sociologique dont nous disposons sur les militants socialistes date de 11 ans. Elle avait été menée en 1998 par le CEVIPOF, et depuis 1998, le PS n’a mené aucune enquête sur ses adhérents, et pire, la direction n’a pas souhaité mener cette enquête, craignant sans doute les résultats que pourrait donner aujourd’hui une étude sociologique en profondeur des militants socialistes. Il faut dire que l’enquête de 1998 révélait un certain nombre de phénomènes, qui à mon avis ne se sont pas arrangés depuis : un parti vieillissant (50% de retraités), un parti de moins en moins en prise avec les catégories populaires, avec de moins en moins d’ouvriers et de plus en plus de fonctionnaires, donc de moins en moins représentatif de la société. Mais également un parti dont l’activité syndicale ou associative de ses militants était de plus en plus faible.

Je vous propose une réflexion sur ce que militer au PS veut dire, et en quoi les formes de militantisme ont-elles évolué depuis les années 80. Le titre qui a été donné à ma conférence est « transformation des pratiques militantes », j’aurais dit « transformation et continuité des pratiques militantes ». Ce qui est frappant, en première approximation, c’est qu’il y a des phénomènes à la fois de forte inertie des pratiques, et que face à ces phénomènes de continuité émergent de nouveaux types de pratiques militantes.

Quand je parle de transformation du PS, je prends un point de repère, que nous appelons « la parenthèse militante des années 70 », c’est-à-dire cette décennie, assez exceptionnelle au regard de l’histoire du socialisme français, cette décennie qui suit le congrès d’Epinay. Nous l’appelons « parenthèse militante » parce que dans cette période, nous allons voir dans la reconstruction de l’organisation, dans la volonté marquée de constituer un parti politique comme un outil fortement en prise avec la société, un moment où vont être très fortement réévaluées les ressources militantes par rapport aux ressources électives, c’est-à-dire une revalorisation du militant par rapport à l’élu. C’est surtout une période où le PS va puissamment renouer des liens avec la société, avec les intellectuels, avec les mouvements féministes, avec les mouvements de cadre de vie, avec les enseignants. C’est donc une période pendant laquelle le PS a conjuré sa faiblesse organisationnelle. Ce qui distingue le PS français des sociaux-démocrates anglais ou allemands, c’est qu’il n’a jamais été un parti de masse, c’est un parti qui a toujours été territorialisé. C’est un parti qui n’a jamais été un « parti contre-société », à l’image du PCF, c’est-à-dire un parti qui constituait un milieu de vie en soi, structuré et organisé. Nous prenons cette période comme point de repère parce que tout ce qui s’était tricoté pendant cette période s’est largement détricoté depuis.

Certains dirigeants socialistes nous ont reproché d’être très durs dans ce bouquin, mais nous essayons d’être objectif : aujourd’hui, le PS est une machine électorale, professionnalisée, en apesanteur territoriale, et dont les faiblesses organisationnelles sont plus que jamais accusées. Un parti d’élus ou d’aspirants à l’élection, où le militantisme prend la forme d’un faible activisme, essentiellement électoral, et surtout adopte un fonctionnement autocentré. C’est ce que nous appelons « l’entre soi socialiste », un parti replié sur lui-même, et qui n’est pas cette liaison avec la société et les groupes sociaux qu’il est supposé défendre.

L’objet de ma réflexion, c’est d’étudier l’évolution des pratiques militantes socialistes au prisme des transformations plus générales qui affectent l’engagement politique et partisan dans son ensemble. Qu’est-ce qu’aujourd’hui le militantisme politique en France, quelles sont ses mutations et en quoi ces mutations affectent-elles le PS ? Ainsi, ce qui se passe au PS n’est-il pas la conséquence d’une nouvelle forme de militantisme dominante ?
Aujourd’hui, le modèle dominant de militantisme, mais également la représentation que les dirigeants se font du militantisme, c’est celui d’un militantisme post-idéologique, pragmatique, plus réflexif et plus contractuel. On serait ainsi passé « de la carte au post-it » : la carte d’adhérent qu’on reprend systématiquement, et le post-it, qu’on pose, qu’on retire et qu’on met ailleurs. Les militants aujourd’hui sont moins attachés à leur organisation, à sa culture et à son histoire, et ont un rapport plus stratège à l’engagement, plus ponctuel, plus pragmatique, moins enraciné dans le temps long.
Ce modèle serait le déclin du parti de masse, qui constitue encore l’inconscient des socialistes. On l’a bien vu lors des débats du Congrès de Reims, lors des débats entre le parti d’adhérents et le parti de supporters. Il y a une espèce de mauvaise conscience des dirigeants qui savent bien que le PS n’est pas un parti de masse, mais vivent dans le fantasme de ce parti, et cultive une forme d’orthodoxie organisationnelle concernant ce parti. Je signalerai tout de même qu’ironiquement, lorsqu’on regarde les 15 dernières années, les mêmes dirigeants ont pu promouvoir et dénoncer le parti de supporters, et que ceux qui le dénoncent aujourd’hui sont ceux qui le défendaient lors du congrès de Rennes. Dans cette idée de parti de masse, c’est l’idée de l’avant-garde. Le parti de militants, c’est un parti de militants informés, politisés, éclairés, aux avant-postes de la société, qui détiennent une forme de vérité, à la différence des citoyens, vérité assise sur une tradition, une histoire, une culture, qui parle un certain langage et qui va projeter la société dans un ailleurs. Il y a quand même cette idée marxiste que le militant a à la fois des droits et des devoirs, mais surtout une mission.
Face à ce modèle du parti d’avant-garde, il y a le parti d’adhérents. Ce qui s’est passé avec les militants à 20€ est d’ailleurs un extraordinaire analyseur du PS. Il y a cette idée qu’il faut élargir la base sociale du PS, et qu’il faut faire le deuil d’un parti sur le modèle ancien. Ce n’est plus possible, les gens ne veulent plus d’un ancien parti, et pour renouer les liens avec la société, il faut s’adapter à l’évolution de la société, qui tendrait vers l’individualisme. Nous nous intéressons, dans un chapitre du bouquin, sur comment cette idée d’individualisme est devenue la sociologie dominante au PS. Les dirigeants socialistes pensent la société comme individualiste, et contribuent eux-mêmes à la dévaluation de l’idée de classe. Une classe sociale a une valeur objective (condition sociale) et subjective (conscience de classe), et si la classe subjective s’est très nettement affaiblie, la classe objective n’a pas disparu. Quand on dit qu’il n’y a plus de classe subjective, on contribue soi-même à la dévaluation de la notion de classe. En postulant que la société est individualiste, ne contribue-t-on pas à l’individualisation de la société. Je suis convaincu qu’il y a une attente d’engagement collectif que le PS ne donne plus. En parlant d’individualisation du militantisme, il ne fait qu’entériner une réalité à laquelle il participe.

Comment caractériser aujourd’hui le PS et les transformations du militantisme depuis les années 70 ? On ne peut pas les comprendre sans les rapporter à l’évolution plus générale du PS. Le PS est devenu une machine électorale, professionnalisée, très performante au niveau local, un parti d’élus et d’aspirants à l’élection, un parti vieillissant, replié sur lui-même, dominé sur des enjeux de pouvoir, notamment locaux, où les débats idéologiques nous semblent fortement instrumentalisés par des logiques de pouvoirs internes et des logiques locales.
Ce processus s’est opéré dans les années 80 par le haut, avec la conquête du pouvoir et ce qu’on appelle « la seconde génération des énarques », et sa notabilisation, processus qui n’est pas nouveau, au vu de ce qu’était devenue la SFIO. À une différence près que depuis la SFIO, la décentralisation a considérablement renforcé le rôle de ces élus locaux. De plus, se sont additionnés des niveaux de responsabilité, notamment les régions et les intercommunalités. Cette logique de professionnalisation n’est pas radicalement nouvelle, mais elle a pris le pas sur d’autres logiques, organisationnelles ou idéologiques, qui en s’affaiblissant ont donné à ces logiques de pouvoir un rôle de plus en plus important. Nous avons de plus en plus au PS des militants qui vivent de et pour la politique ; on observe notamment un poids croissant des entourages d’élus, en particulier les collaborateurs de cabinet. Et il y en a beaucoup, des cabinets. Avec 20 régions sur 22 et plus de la moitié des conseils généraux, le nombre de postes de contractuel que propose le PS est considérable.

C’est une transformation à mon sens : des militants dont le militantisme et la profession sont liés. Cela crée une confusion des genres qui a de puissants effets sur l’organisation. Je suis aussi enseignant à l’université, dans des formations qui préparent à travailler dans des collectivités locales, et je vois de plus en plus des jeunes qui sortent de SciencesPo, qui sont de gauche mais qui ont bien compris qu’en étant au PS, cela sera plus facile professionnellement. Voilà où est le mélange des genres : ils ont besoin de leurs ressources partisanes pour faire avancer leur carrière politique, et qui en même temps souhaitent faire de la politique et s’appuient pour cela sur leurs ressources institutionnelles. On le voit apparaître nettement lors des congrès, quand apparaissent des « équipes » qui entourent les élus.
Cette professionnalisation a des effets en termes d’augmentation des diplômés, et cette augmentation a des effets intimidants sur les militants d’origine populaire. J’ai beaucoup travaillé sur la fédération socialiste du Nord, et c’est très net : les débats sont de plus en plus techniques. On l’a vu lors du débat sur le TCE : les débats ont atteint un niveau de complexité dans les sections qui faisaient qu’un militant d’origine populaire se retrouvait complètement marginalisé, ne pouvait pas prendre part au débat, et par conséquent quitte le PS. On ne se retrouve alors plus qu’entre gens compétents et éclairés, et cela nuit à la représentativité sociologique du PS.

La deuxième transformation qui a des effets puissants sur le militantisme, c’est la « rétraction des milieux partisans ». Les milieux sociaux sur lesquels le PS s’appuyait pour rayonner dans la société se sont considérablement affaiblis. C’est en premier lieu les réseaux laïques et enseignants. Je suis en train de mener actuellement une enquête sur le lien entre les milieux enseignants et le PS : c’est édifiant ! Le PS était très en prise avec ces milieux dans les années 70 : beaucoup des dirigeants politiques qui arrivent au milieu des années 70 étaient issus du monde enseignant. Aujourd’hui, ces liens se sont considérablement effrités. Or, ils étaient une courroie de transmission essentielle du PS vis-à-vis de la société. Le PS n’a jamais été un parti ouvrier, mais ces liens permettaient de construire localement un contact avec les catégories populaires, parce que l’enseignant est un médiateur, notamment dans son rapport avec les parents d’élève. Mais cela tient également aux transformations du recrutement des enseignants, et à leur embourgeoisement.
Ce sont également les milieux syndicaux. Aujourd’hui, les liens sont presque inexistants. C’est l’affaiblissement des liens avec le milieu associatif. Il y a aujourd’hui une norme d’indépendance politique de plus en plus forte dans le milieu associatif, qui du coup se situe un peu en retrait par rapport au pouvoir politique, a peur de se faire récupérer. Ce sont également les liens avec les intellectuels et les catholiques de gauche.
Par conséquent, ce qu’on appelle les matrices du militantisme, c’est-à-dire les réseaux qui favorisent le recrutement militant, se sont affaiblis, et on observe aujourd’hui que ces matrices d’adhésion militante sont de deux types : ce sont des matrices familiales – on est militant de père en fils, ce qui contribue à l’autoreproduction de l’organisation – ou locales, par le biais des collectivités. Tout cela favorise une endogamie du recrutement, et c’est pour cela que l’hypothèse la plus plausible par rapport à l’enquête sociologique de 1998, est qu’une enquête quantitative sur ce que sont les militants socialistes démontrerait qu’il y a toujours plus de fonctionnaires au PS, ou qu’il n’y a pas de rajeunissement au PS. Le PS, soyons honnêtes, n’est absolument pas attractif pour les jeunes ! Aujourd’hui, un jeune de gauche, il reste au MJS le plus longtemps possible, et quand il rejoint le PS, cela n’est pas facile pour lui.

C’est aussi un parti qui s’accommode finalement de sa faiblesse militante. Combien y a-t-il de militants au PS ? Sujet très sensible. Il y a eu un certain progrès de l’organisation dans la transparence des adhésions, mais qu’appelle-t-on militant ? Un adhérent est-il un militant ? Pour faire des nombreux entretiens avec des secrétaires de section, on sait qu’il y a au moins 25% des adhérents qui ne militent pas. Le nombre de militants est très stable depuis les années 1980 : entre 120 000 et 150 000, dont à peu près la moitié d’élus, si l’on compte les élus municipaux.
Le PS s’en accommode très bien, pour trois raisons. Tout d’abord, du fait du mode de financement des partis politiques, il n’a pas besoin des adhérents pour avoir des ressources financières : 10% des recettes du PS viennent des adhésions, le reste venant essentiellement du financement public. Et cela n’encourage pas l’adhésion, puisqu’il est autonome financièrement.
La deuxième raison, c’est l’idée, qui progresse chez les dirigeants, que les militants ne sont plus très utiles parce que les élections se gagneraient dans les medias. On l’a vu lors des dernières élections, où des premiers fédéraux ou des secrétaires de section ont appelé à Solferino pour savoir pourquoi ils ne recevaient pas de matériel militant.
Enfin, la dernière explication à cette faible priorité donnée au recrutement est le poids des élus. Sans être cynique, un élu enraciné ne cherche pas forcément à développer le parti, et a parfois peur du nouvel adhérent qui viendrait perturber les équilibres internes. On l’a vu de manière criante lors de la vague d’adhérents à 20€. Grande méfiance envers ceux-là : « Que va-t-il, en plus il y a les municipales qui approchent ! ». Le dernier congrès du PS a révélé au grand jour que les électorats militants sont captifs des grands élus, bien qu’il faille nuancer cette analyse, puisque de plus en plus de militants, notamment les plus diplômés, refusent ce réflexe guesdiste qui consiste à suivre ses grands élus locaux.
Ainsi, en tant qu’observateur du PS, je n’ai pas du tout l’impression que le recrutement militant soit une priorité au PS, et que beaucoup des dirigeants s’en accommodent. Mais cela pose un vrai problème, parce qu’un parti politique, notamment de gauche, cela reste un outil pour mettre en mouvement la société, et avec 120 000 militants, je ne suis pas sûr qu’on soit en capacité de peser sur la société.
Une des caractéristiques majeures du PS est la territorialisation du militantisme. Adhérer au PS, c’est adhérer localement, dans une section, et forcément s’inscrire dans des jeux locaux de domination. Il y a des gens qui veulent adhérer au PS mais qui ne veulent pas aller dans une section. Ce ne sont pas forcément des gens qui ne veulent pas faire de terrain, mais qui n’ont pas nécessairement envie de parler de la gestion de la collectivité locale, et qui voudraient, par exemple, avoir un militantisme plus professionnel. Je note au passage que l’UMP, qui entre 2002 et 2007 a fortement privilégié le recrutement, a mis en place un militantisme par secteur professionnel qui a donné des résultats plutôt intéressants. Voilà une piste de réflexion : un militantisme déterritorialisé, tout en sachant que cela va contre le mode de fonctionnement actuel de l’organisation.

Ce qu’on développe également dans le bouquin, c’est que nous avons un militantisme de plus en plus de faible intensité. Ce qu’on observe dans la fédération du Nord, c’est que les pratiques de médiation vis-à-vis de la population déclinent. On le fait pendant les campagnes uniquement, parce que ce sont toujours les mêmes militants qui font la « basse besogne ».
Par contre, on voit se développer le « militantisme d’assemblée générale », c’est-à-dire des militants qui participent aux AG et prennent la parole. On voit donc apparaître un nouveau type de militant très réflexif, qui se fait des revues de presse, qui a lu des bouquins, et dont l’attente à l’égard du militantisme est essentiellement intellectuelle. Ce n’est pas quelque chose qui est propre au PS, j’en prends pour exemple ATTAC. C’est une individualisation du militantisme au sens où les militants veulent de la reconnaissance à travers leur militantisme : ils veulent qu’on reconnaisse leur droit à la parole, ils veulent s’affirmer dans leur individualité, affirmer une compétence, un titre à parler. Il y a une redéfinition de ce qu’on appelle « l’excellence militante » : le bon militant n’est plus celui qui fait du terrain, c’est le « militant expert ». Évidemment, ce nouveau militant bute sur le fonctionnement de l’organisation. Ce militant réflexif constate que la démocratie au sein du PS est au minimum encadrée, et que son avis est assez faiblement pris en compte.
Il y a tout un sujet de débat sur la démocratie participative, qui est une idée à laquelle je crois, mais qui est une idée exigeante, et je trouve qu’au PS, il y a une très faible réflexion sur la démocratie interne. Au PS, on adopte toujours des formes de débat totalement archaïque : la tribune et la salle – un peu comme ce soir, d’ailleurs – et l’on ne réfléchit pas à des formes de démocratie qu’Habermas appelle procédurales. Attention, c’est très compliqué ! Il y a souvent une contradiction entre efficacité militante et débat démocratique, mais ce qui m’étonne, c’est le manque de réflexivité sur la question.

Autre chose : il n’y a plus d’éducation populaire au PS. Quelqu’un qui ne vient pas avec ses connaissances et ses compétences n’acquérra pas de connaissances ou de compétences qu’il ne possédait pas déjà auparavant. Je pense qu’il y a beaucoup de militants d’origine populaire qui viendraient au PS si on leur proposait une vraie éducation populaire. Aujourd’hui, la formation au PS est essentiellement une formation d’élu.
Au PS, il y a ce qu’on appelle « le Ministère de la parole » : celui qui a le pouvoir, c’est celui qui parle. En sociologie, ce que Bourdieu a démontré est qu’il y a une inégalité dans la prise de la parole : pour prendre la parole, il faut s’en sentir autorisé. Ce sentiment d’autorisation est socialement construit, et la parole, telle qu’elle est distribuée au PS, rend impossible l’émergence d’une parole populaire. On entend à chaque congrès la musique récurrente qui parle de rénovation, qui est une espèce d’incantation permanente, mais qui est rarement suivie d’effet. Autre récurrence : « renouer avec les catégories populaires » ! C’est revenu très fort en 2002, car Jospin avait fait 13% chez les ouvriers.

Ce qui me frappe aussi, c’est une transformation des pratiques militantes. Il y a un cynisme de plus en plus dominant au PS. Nous avons parlé de « morale du cynisme ». Ce cynisme existe depuis longtemps dans les strates dirigeantes, mais aujourd’hui il a atteint le niveau des militants. Aujourd’hui, le PS est un environnement très dur. C’est ce que me disait Yves Durand, député-maire de Lomme, ancien SN à l’Education : « on a une vision idyllique du passé, les relations humaines sont profondément violentes en politique. En politique, c’est la guerre. Mais aujourd’hui, ce niveau de lutte est descendu plus bas parce que les militants ne sont plus à part, ils ne sont plus seulement des colleurs d’affiches. Les militants ne sont plus dupes de rien, les coulisses du PS n’ont plus de secret pour personne. Les anciens ne le vivent pas bien, ils ont la nostalgie de la fraternité passée. Tout le monde peut être chef ou penser l’être. ».
C’est également la souffrance d’être socialiste, des militants déchirés, qui restent au PS mais en situation de schizophrénie terrible. Un parti qu’ils détestent de plus en plus, mais qu’ils ne veulent pas quitter. Les relations sont devenues dures au PS, plus brutales, et les militants ne sont plus protégés par cela. Précédemment, les ambitions étaient noyées dans un tissu conjonctif autour : la convivialité, le militantisme sur le terrain. Maintenant c’est plus sec.
C’est aussi l’effet de la professionnalisation de l’organisation. Vous avez aujourd’hui trois catégories de militants au PS : les adhérents peu actifs et non impliqués dans les luttes internes, les aspirants à l’élection, et les élus et collaborateurs d’élus.

Je voudrais finir en disant un mot sur les militants à 20€, qui me paraissent révélateurs de la clôture du PS. Le PS est un milieu fermé, qui ne souhaite pas recruter des adhérents. Le vrai problème, c’est l’accueil des nouveaux adhérents.
Au fond, ces  militants à 20€, c’était du marketing politique. On était à quelques moi de l’élection présidentielle, l’UMP avait trois fois plus de militants, il s’agissait d’élargir la base de désignation des militants. Ce que je vous dis va évidemment se poser à nouveau dans les mois qui viennent. Dans l’urgence, on lance cette ouverture, et que se passe-t-il ? 80 000 militants arrivent ! Le débat qui va se poser sera celui de leur ancienneté. Il y aurait un militantisme à faible coût et à fort retour sur investissement (« je donne 20€, et je peux désigner le candidat à l’élection présidentielle »), et un militantisme plus investi et dévalué d’une certaine façon.
Comment ça s’est passé ? Il y a une part de ces militants qui sont dans un rapport consumériste à la politique et qui n’ont pas cherché à s’engager. Ils ont même parfois un rapport très utilitariste vis-à-vis du parti. Mais il y a eu aussi des militants qui voulaient vraiment s’engager, et ce qui est très frappant, c’est qu’on les en a soit dissuadé en fonction de leur sensibilité interne, soit on n’a rien fait pour les retenir. Sur ces 80 000 nouveaux adhérents, on peut estimer qu’au moins 60% ont été perdus. On voit à travers cette affaire qu’il y a à la fois une appétence de militantisme dans la société qu’il ne faut pas négliger, mais que le PS doit avoir une vraie politique de réflexion de l’accueil de ces nouveaux adhérents, qui souvent ont été rebutés par les codes du parti, par la manière de parler et la culture de l’organisation. Parce qu’un parti, c’est aussi des mœurs. Pour quelqu’un qui n’a pas d’attaches familiales avec le PS, qui se sent de gauche et qui veut militer lui-même, c’est arriver dans un monde complexe, dont les règles sont parfois opaques, qui utilisent une certaine langue, qui possède des codes que ce militant ne maîtrise pas.

Pour conclure, par rapport à ces pratiques militantes, on voit bien coexister des phénomènes de continuité et d’inertie qui sont liés à la structure organisationnelle du PS, et qu’en même temps émergent de nouveaux rapports au militantisme, mais qui sont souvent en contradiction avec ce fonctionnement organisationnel.

L’intervention a été suivie d’un débat très riche.

Compte rendu des entretiens avec Emmanuel TODD

Mercredi 11 mars 2009

Emmanuel MAUREL, Secrétaire National aux Universités Permanentes et d’Été vous invite à débattre avec : Emmanuel TODD, Démographe, Historien, autour de son dernier livre :

« Après la démocratie » aux Édition Gallimard, Paris, 2008

au siège du Parti socialiste, 10, rue de Solférino 75007 PARIS, Salle : Marie -Thérèse EYQUEM

ENTRETIENS DE SOLFÉRINO du jeudi 5 mars 2009

Invité Emmanuel TODD, démographe et Historien :

« APRÈS LA DÉMOCRATIE »

Emmanuel MAUREL :

Le secteur Formation du PS a vocation à faire vivre le débat intellectuel. L’idée est d’inviter des personnalités, pas nécessairement socialistes, mais avec qui l’on a envie de débattre. Pour nous, E. TODD entre dans cette catégorie.
Historien, anthropologue, démographe, il a écrit un certain nombre d’ouvrages, et je tiens à citer notamment un livre récent écrit avec Youssef Courbage, Le rendez-vous des civilisations. Nous souhaitions l’inviter autour de son dernier livre, Après la démocratie. C’est un livre à la fois en prise avec l’actualité immédiate, et étudie également les processus de longue durée, pour en arriver à ce que vous diagnostiquez comme une crise de la démocratie, et non uniquement des institutions représentatives : crise religieuse, crise intellectuelle, crise évidemment sociale, et surtout crise économique. Dans ce livre, vous choisissez d’analyser l’impact du libre-échange, produit de la mondialisation, sur les questions économiques et sociales dans notre pays, et de poser clairement la question du protectionnisme.
Je suis particulièrement heureux que vous ayez accepté notre invitation pour ce nouveau cycle des Entretiens de Solferino, et vous laisse la parole.

Emmanuel TODD :

Je suis très content d’être ici. J’ai toujours eu une relation à distance un peu difficile avec le Parti Socialiste, je dois être dans une phase légitimiste de gauche, car je trouve que ce qui se passe en ce moment au PS est plutôt intéressant.
Pour moi, c’est un livre inhabituel. Je n’ai jamais écrit un livre aussi violent, des évènements et des individus y sont critiqués sauvagement. Je pense qu’inconsciemment j’ai essayé de mettre la violence du ton au niveau de la violence réelle de la société : délocalisations, pression sur les salaires, montée du chômage. Mais en ce qui concerne l’analyse des forces profondes et les perspectives politiques, je n’ai jamais écrit un livre aussi nuancé. Alors que la plupart des livres que j’ai écrits sont assez brutaux, assez décidés, ici je vais me poser la question de la survie ou d’une possible évolution du système de mœurs égalitaire de la France. Je pense plutôt que l’égalitarisme français est toujours là, que le style inégalitaire de Sarkozy a triomphé dans une période de vide idéologique temporaire, mais je fais part de mes hésitations. Quand j’analyse la stagnation éducative dans laquelle on est entré au milieu des années 1990, je ne l’interprète pas comme une baisse chronique du niveau, mais j’énonce mon incertitude sur ce qui va se passer ensuite. C’est pour cela que le livre se termine sur la simple évocation de scenarii possibles. Le livre est bien plus spéculatif que tout ce que j’ai fait jusqu’à présent.
Je veux croire que plus tard, quand on saura si la démocratie a disparu ou survécu, les gens verront qu’il y a dans ce livre de nombreux éléments qui permettront de comprendre ce qu’il s’est passé.

Mon livre par une introduction nommée « Le moment Sarkozy », portrait au vitriol du personnage, que j’ai fait parce que j’en avais besoin. En effet, Sarkozy s’est fait élire par une ouverture à l’extrême droite. Par l’activation d’une certaine forme de violence et d’agressivité, il a su capter une partie de l’électorat du Front National. Contrairement à ce que disent beaucoup, pas de l’électorat populaire du Nord et de l’Est du Bassin Parisien, mais essentiellement les petits commerçants de la façade méditerranéenne. Il arrive au pouvoir, et réalise une ouverture à gauche par le débauchage de socialistes, et une captation de l’héritage de la gauche : discours citant Jaurès et Blum, et récupération de Guy Môquet. Ce qui m’a halluciné n’est pas de dire cela en tant que candidat de droite, mais de dire cela au moment où l’une de ses premières mesures, ce sont des cadeaux fiscaux aux plus riches ! Et le plus étonnant n’est pas qu’il le dise ou le fasse : Chirac, quand il a déliré sur la « fracture sociale », puis fait un virage orthodoxe, tout le monde était dans la rue. Mais concernant Sarkozy, tous les commentaires furent : « Quelle imagination ! ».

Comment tout cela a-t-il été possible ? Parce qu’il n’y a plus d’idéologie constituée. C’est le moment où le PCF, parti le plus idéologique à gauche, touche le fond. Par régression historique, j’analyse la mécanique de décomposition géographique des grands partis français. Si l’on remonte suffisamment dans le temps, on constate que la première étape de cette décomposition idéologique, c’est la décomposition religieuse. Jusque vers le début des années 60, la France avait encore une structuration religieuse, positive ou négative. On se rend compte que le premier mouvement dans la structure idéologique du paysage français, c’est le fléchissement de l’Eglise catholique. Selon une forme de mécanique de dominos, on constate à quel point le PCF était dépendant de l’Eglise catholique : ils formaient une forme d’espaces complémentaires. Voilà pourquoi je saute dans mon livre, de façon peut-être surprenante, du « Moment Sarkozy » à un chapitre nommé « Le vide est religieux ».
En sociologie politique ou historique, le plus dur est d’identifier l’importance d’un facteur parce qu’il n’est pas là : la déstructuration du paysage idéologique par déstructuration de la matrice religieuse. Cet aspect du livre renvoie plutôt à une sociologie durkheimienne. Ce genre d’hypothèse permet d’expliquer la montée en France d’une forme d’islamophobie dans le monde intellectuel, à distinguer de l’arabophobie des milieux populaires. Une fois que l’on a fait ce diagnostic d’à quel point l’existence de l’Eglise catholique était essentielle à l’identité des laïcs, on est amené à voir l’islamophobie comme le réel besoin d’une société française de trouver un substitut à l’Eglise catholique.

J’en viens maintenant la thèse centrale du livre, sur ce qui mine la démocratie, et le rapport que j’établis, dans l’Histoire de longue période, entre le fonctionnement, l’émergence et l’étiolement relatif de la démocratie, et le mouvement éducatif. Je me définis ainsi comme un hégélien empirique ; pour moi, le mouvement éducatif est le mouvement même de l’Histoire, notamment le taux d’alphabétisation. Je vais associer à cette poussée historique du taux d’alphabétisation la montée irrésistible du sentiment démocratique, que ce soit à travers les institutions religieuses (notamment la Réforme protestante), ou à travers la Révolution française. Le livre est très anti-tocquevillien sur cet aspect, car Tocqueville parlait à son époque de la démocratie comme un phénomène providentiel et irrésistible. Aujourd’hui, en France, chez ses héritiers, vous allez trouver l’idée de contradiction interne de la démocratie, type « la démocratie contre elle-même », teintée d’une coloration elle-même antidémocratique. Moi, je place les déterminants de la démocratie, sociale et politique, à l’extérieur de sa logique propre, ou même du cadre institutionnel.
Il faut se replacer dans le contexte ancien, et se représenter ce que c’est qu’une société où, les unes après les autres, toutes les catégories sociales apprennent à lire, à participer à un même système culturel dans un univers où très peu de gens ont fait l’équivalent d’études supérieures. C’est dans cette société où l’alphabétisation progressait qu’a pu se répandre l’idée d’égalité des hommes. Il y a d’autres facteurs, notamment la structure familiale, mais même dans des pays où les structures familiales sont inégalitaires, un processus de démocratisation a été très sensible. Venons-en maintenant à la période récente.
L’entre-deux-guerres a été une période de stagnation post-massification. Après 1945, la marche en avant a repris, avec un gonflement prodigieux du nombre d’étudiants. Dans un premier temps, cela a été pris très justement comme une poursuite du progrès, plutôt de gauche. Mais nous ne nous sommes pas rendu compte que ce stade ultérieur des progrès de l’éducation allait reposer la question de l’égalité des hommes : est-ce que tout le monde est fait pour les études supérieures, comme tout le monde a été alphabétisé ? On se dirigeait donc vers une société restratifiée sur le plan éducatif. Contrairement à ce que racontent les pessimistes culturels, ça n’est pas vrai que l’analphabétisme revient. D’un autre côté, vous avez une proportion importante de gens qui ont fait des études supérieures, mais une proportion tout aussi importante qui n’en font pas. Et de la même façon que la marche vers l’alphabétisation avait créé une forme de « subconscient égalitaire » dans la société, cette restratification a créé une forme de « subconscient inégalitaire »
Ainsi, au moment de Maastricht a explosé le discours sur le populisme et les élites. La classe éduquée supérieure a pu se replier sur elle-même. En effet, la hausse du nombre d’éduqués supérieurs a permis aux élites intellectuelles de contourner la vulgarisation qui était nécessaire à l’époque de la marche vers l’alphabétisation. Ce qui entraîne l’émergence d’une culture supérieure nombriliste, et la création de ce que j’appelle une « élite de masse ».

Il y a eu un moment désespérant, formalisé au milieu des années 90 aux Etats-Unis et que je reprends largement dans L’illusion économique, une société vraiment terrible dans sa stabilité. C’était une époque où les « éduqués supérieurs » bénéficiaient d’un gros avantage économique sur le marché mondial, du fait du libre-échange. Ainsi s’ajoutaient aux privilèges culturels des privilèges de richesse : 20% des gens ayant une éducation supérieure contrôlent 50% des richesses. Ce modèle fut mis en évidence par des chercheurs tels que John Kenneth Galbraith ou Christopher Lasch. Avec ce genre de structuration sociale et économique, toute capacité de réaction des couches populaires est rendue impossible : c’est cela le monde de la « fracture sociale ».
La situation a énormément évolué, parce que les effets du libre-échange ont la particularité de remonter du bas vers le haut de la société : pression sur les salaires, montée des inégalités… Les études les plus récentes sur l’évolution des revenus indiquent que dans les 10 dernières années, les gains de richesse ne profitaient plus qu’à 1% de la population. Ce qu’on est en train de vivre, c’est une dissociation des privilèges éducatifs et des privilèges économiques.
Ce dont je suis en train de parler, c’est de l’écrasement économique de la jeunesse qui a fait des études. En un certain sens, c’est catastrophique, mais si l’on parle de justice sociale, on sort de cette société désespérément stable, où seules les milieux populaires en prenaient plein la figure. Classiquement et historiquement, il s’agit donc d’une société instable, c’est-à-dire une société où l’on peut contester l’ordre établi. On constate donc, en particulier dans les jeunes générations, un écrasement de ceux qui devraient devenir les classes moyennes par la pression exercée par le libre-échange, et l’on peut imaginer alors des mécanismes de révolte.
J’emprunte ici à Christopher Lasch, sociologue américain de tradition marxiste, le concept de « narcissisation ». Pris sous l’angle de l’individu, nous vivons autre chose que la montée de l’individualisme ; il s’agit plutôt d’un ultra-individualisme, où l’individu ne croit plus en l’action collective. C’est cela qui est à l’origine de la décomposition ultra-libérale.
Je réutilise ce concept quand j’évoque l’éventualité d’une remontée de la lutte des classes. En effet, si l’on accepte l’analyse des phénomènes éducatifs et économiques que je fais, on doit envisager la possibilité d’une remontée de la lutte des classes, notamment entre classes moyennes et classes supérieures. Une fois admise l’existence d’une matrice religieuse collective de l’ensemble des idéologies politiques, mais que cette matrice religieuse s’est décomposée, j’en viens à envisager qu’il peut certes y avoir une remontée des conflits, mais sous une forme très différente de ce que l’on a connu, parce le principal obstacle à l’action collective est cette « narcissisation » des comportements individuels, phénomène très diffus et dont on ne sait ce qu’il peut donner. Mais d’un autre côté, et malgré la « stagnation éducative », une société telle que la société française atteint un niveau d’éducation jamais vu, et l’on peut imaginer des évolutions idéologiques extrêmement rapides d’un autre type.

Je vais essayer de présenter maintenant la partie du livre directement utilisable politiquement, et parler simplement de questions économiques et de ce que le libre-échange implique sur la vie politique. Dans le chapitre « Le libre-échange contre la démocratie », je considère que le libre-échange est bien ce qui mine fondamentalement la démocratie. En effet, l’un des effets négatifs du libre-échange, admis par tous les traités d’économie, c’est la montée des inégalités. Certes, le niveau moyen de richesses de nos sociétés augmente quand même, mais ce gain de richesses est de moins en moins bien réparti. On pourrait donc envisager une « réponse libre-échangiste de gauche » par la simple redistribution de ces richesses gagnées. Par je ne sais quel mystère, on n’y arrive pourtant pas…
Il y a un autre problème du libre-échange que vous ne trouverez pas dans les manuels d’économie internationale, c’est la pression sur la demande. Les économies occidentales d’après-guerre semblaient avoir réussi à créer une forme de complémentarité entre croissance et hausse de la consommation. Quand les entreprises pensent produire pour un marché mondial, elles cessent de considérer les salaires comme l’outil de formation d’une demande intérieure, et ceux-ci deviennent un coût pur, coût qu’il s’agit donc de minimiser. Quand toutes les entreprises sur la planète cherchent à comprimer le coût salarial, on obtient une asphyxie de la demande globale. Le libre-échange mène donc à une insuffisance globale de la demande.
Nous avons donc des classes dirigeantes qui pensent le libre-échange comme indépassable. Ces 10 dernières années, les théories libre-échangistes ont encore progressé, avec la conversion de pays comme l’Inde ou le Brésil. Mais les effets de cette foi universelle sont d’attaquer en leur cœur le fonctionnement des sociétés et la vie quotidienne des populations. La démocratie est un système dans lequel les gens ont le droit de suffrage, alors même que les classes dirigeantes adhèrent à une idéologie qui détruit la vie des gens. Et après on s’étonne que les élections présidentielles, dans un pays comme la France, soient de plus en plus loufoques ! Comment avoir un débat droite-gauche cohérent dans un pays où les élites, de droite comme de gauche, adhèrent au libre-échange. D’où la présence de l’extrême droite au deuxième tour en 2002. Mais l’un des traits les plus frappants de la dernière élection présidentielle, c’est qu’elle a mis beaucoup de temps à démarrer. Les gens ne s’intéressaient pas à l’élection, parce qu’on ne parlait pas des enjeux économiques alors que tous les sondages montraient que les gens ne pensaient qu’aux problèmes de salaires ou de chômage. Le problème de ce que j’appelle la « démocratie de manipulation », c’est de savoir comment tenir des élections et animer un conflit droite-gauche sans discuter les thèmes importants. La dernière élection a donc commencé dans l’indifférence totale pour déraper en conflit entre le candidat de l’agressivité et de la violence verbale et la candidate de la paix civile. Mais ce n’est pas normal ! Dans un système démocratique qui fonctionne correctement, on ne s’affronte pas sur cette question ! Et quand on va revenir à une élection présidentielle, le même débat va à nouveau se poser. Il faudra à nouveau animer un débat droite-gauche ; comment faire ?

Je conclurai sur les issues possibles. Si l’on a diagnostiqué une contradiction de fond entre le libre-échange et la démocratie, comment faire ? Je discute énormément, dans le livre, la question d’une ethnicisation de la démocratie, c’est-à-dire la recherche d’un bouc émissaire qui permettrait d’évacuer le problème. Cette hypothèse est fortement étudiée dans le livre, mais j’en conclus que ce n’est pas la tendance du système. Par contre, il y a deux issues qui sont possibles : la suppression du libre-échange ou la suppression du suffrage universel. Evidemment, on dit que si l’on supprimait le suffrage universel, tout le monde serait immédiatement dans la rue. Certes, les gens sont tout à fait capables de voter « Non » quand on leur donne l’occasion, comme au referendum sur le Traité Constitutionnel Européen, où j’ai personnellement voté « Oui », ce qui m’a valu une campagne solitaire « pour un Oui à la préférence communautaire ». Mais quand il a été clair que la classe dirigeante ne tiendrait aucun compte du résultat du vote, et qu’on ferait un second Traité pour contourner ce vote, je n’ai vu personne dans la rue ! Pour autant, dans la pratique, c’est comme si le suffrage universel avait été aboli.
Enfin, je me moque gentiment de mes amis socialistes, afin de faire remarquer que la création de deux niveaux de démocratie, avec un cadre national où le suffrage universel existe, et le cadre européen où ce qui fonctionne est un système de cooptation assez opaque, existe déjà. Évidemment, la suppression du suffrage ne se fera pas directement et brutalement, mais je vous donne le nom de code : gouvernance. Tous ceux qui parlent aujourd’hui de gouvernance politique sont des anti démocrates radicaux ! Cette histoire de mort de la démocratie est une option forte !
Il y a donc l’autre option ; la suppression du libre-échange. Il faut donc essayer de définir un projet protectionniste. Dans le chapitre « Le protectionnisme, dernière chance de la démocratie européenne », je définis un projet positif, où j’imagine une Europe se protégeant par des méthodes de barrières tarifaires ou de quotas. Non pas dans une logique de repli, mais parce que si le problème essentiel posé par le libre-échange est la contraction générale de la demande, la solution passe nécessairement par la recréation d’une demande intérieure, notamment par la protection des salaires. Et cette protection des salaires ne peut se faire que par ce que j’appelle « le protectionnisme de relance ». Il faut se rendre compte que jusqu’à un certain point, les économistes orthodoxes ont raison : dans un régime de libre-échange, on ne peut pas faire sérieusement une politique de relance de la consommation, parce qu’elle ne génèrera que des fuites de demande vers les pays extérieurs.
Je suis persuadé que le protectionnisme ne peut pas être national. Les sociétés nationales existent toujours, il suffit de passer le Rhin ou la Manche pour voir que la France existe toujours. Par contre, l’économie est maintenant à la taille du continent, et donc si l’on veut protéger, ça ne peut être qu’à l’échelle continentale. Dans mon livre, je propose donc de tordre gentiment le bras à l’Allemagne pour la contraindre de prendre ses responsabilités.
Je voudrais enfin terminer par quelque chose qui n’est pas dans le livre, et qui a trait à mon évolution politique récente. Je pense que le titre Après la démocratie, quand on voit ce qu’il se passe en France, est un bon titre. On a très nettement une droite qui s’oriente vers une forme d’autoritarisme, et dans ce contexte, le PS semble beaucoup plus sincèrement attaché à la démocratie. La grande force politique démocratique et libérale fiable, c’est assurément le Parti Socialiste. J’étais très surpris de m’entendre, lors de la sortie du livre, trouver très intéressant le Congrès du PS, évidemment soulignant de mon point de vue l’originalité de la motion Hamon qui conteste un petit peu le libre-échange. Il est clair que dans les années turbulentes qui s’annoncent, le PS a un rôle important à jouer. Mais si le PS reste libre-échangiste, il est évident que la défense politique de la démocratie s’accompagnerait d’une contribution de la destruction progressive de la démocratie. En ce moment, le PS est un Janus ! D’un côté, il est la force fiable sur le plan politique, et d’un autre côté il apporte une contribution majeure à la destruction de la démocratie par son attachement au libre-échange. Je vous remercie.

Les Entretiens de Solférino

Mercredi 11 mars 2009

Organisés depuis six années, les « Entretiens de Solférino » ont pour objet d’étudier un thème d’actualité politique, à la sortie du livre d’un auteur.

Ils offrent le grand intérêt, pour nos adhérents et nos sympathisants, d’éclairer de façon approfondie des sujets importants.
L’avantage de ce système est de pouvoir discuter avec son auteur lui-même qui développe le thème de son ouvrage et de pouvoir lui poser des questions en direct. Ce genre de débat, de proximité répond visiblement à une attente des militants.
Il est à noter que certaines fédérations ont décliné cette formule dans leur département et nous ont fait part du grand succès qu’elles rencontrent.

Les « Entretiens de Solférino » se déroulent généralement le Mercredi soir. Un mercredi  tous les un ou deux mois, de 18 h 30 à 20 h 30, dans les locaux du siège National.

Les « Entretiens de Solférino » s’adressent à tous les adhérents et les sympathisants du PS et du MJS.

Les participants aux « Entretiens de Solférino » sont invités à s’inscrire, suite à une annonce parue dans « l’Hebdo des Socialistes » et visible également sur le blog « Formation » du Parti socialiste.

Depuis maintenant deux ans, le Secrétariat national travaille de plus en plus avec l’outil Internet. Notre liste de diffusion s’agrandit après chaque nouvel Entretien. Toutes les personnes qui figurent sur cette liste reçoivent une invitation par mail et peuvent s’inscrire en retour.

Les Secrétariats nationaux voulant faire de ces débats un outil de formation pour les fédérations, les militants peuvent voir ces entretiens  sur le site du PS, enregistrés en podcast et lire le Compte rendu intégral dans la semaine qui suit.